Les loups garous n’aiment qu’une seule fois. Jolie phrase, jolie légende. C’est beau, un amour unique, infini et plus fort que tout. Qui n’a jamais rêvé d’un amour éternel ? Qui n’a jamais voulu être sûr d’être toujours aux côtés de l’être aimé ?
… Qui n’a jamais pensé que l’amour d’un loup garou était forcément réciproque ?
Partout, où que l’on aille, quelque soit la personne à qui on le demande, l’amour qu’un loup garou porte à une personne est toujours réciproque. Où serait la légende, sinon ? Où serait le beau, le merveilleux de cette bête immonde si son amour ne lui était pas retourné ? Ce serait comme la Belle qui n’aime pas la Bête, comme le Prince qui n’aime pas la Belle au Bois dormant, comme Lancelot qui n’aime pas Guenièvre… Que serait chacun de ces personnages sans leur âme-sœur ? La Bête resterait une bête, la Belle au bois dormant ne se réveillerait pas, Guenièvre serait morte sur le bûcher…
Triste, n’est-ce pas ? C’est pourtant ce qui aurait été le scénario le plus probable si chacune de ces situations s’étaient produites dans la réalité… A moins que je ne sois l’exception qui confirme la règle. Ou alors, c’est que je suis pessimiste. Mais pessimiste, j’ai de quoi l’être.
Voyez-vous, j’ai toujours été comme ça. Louve solitaire, à courir seule sous la Lune, mère de tous. Rien ne saurait m’empêcher d’être libre, de jouir de ma liberté la plus stricte et la plus complète. Rien, à part… Non rien.
Je n’avais jamais aimé. Je n’avais jamais ressenti quoique ce soit pour quiconque. Non, jamais. Bien entendu, j’avais été attirée. Qui ne saurait l’être par un membre du sexe opposé, ou de son propre sexe. Après tout, chacun ses choix. Mais qui saurait résister à cette attirance ? Personne, à part peut-être une nonne ou un prêtre. Encore que, j’ai souvent des doutes quant à leur capacité à suivre leur serment de chasteté. Mais jamais je n’avais connu l’Amour, avec un grand A. Et non avec un grand tas. Bref. Jusqu’à ce que je le rencontre. À noter que ma première réaction fut de rejeter toute attirance, que ce soit physique ou psychique, pour lui. Je ne devais pas, je n’avais pas le droit. Je me l’interdisais. Et mon côté solitaire préfère plus que tout être seul qu’accompagné, que ce soit bien ou mal. Mais on ne peut pas toujours nier, on ne peut pas toujours se bercer d’illusion, et un jour, il faut bien reconnaître que l’on a tort, que ce n’est pas un simple gars qui passe par-là. Un jour, il faut bien le comprendre, quand on est au plus bas, que l’on aime, et que c’est à cause de ça que rien ne va. Cependant, comprendre est une bien belle chose quand on ne croit plus en rien. C’est bien beau de se dire que demain le soleil se lèvera, mais qu’on est trop enfoncé dans sa propre merde pour le voir se lever. Plus rien ne semble pouvoir avoir un effet bénéfique, plus rien ne semble pouvoir aller mieux. Puis… peu à peu, on commence à remonter la pente, mais pour cela, il a fallu un choc. Se voir dans la glace le matin et ne plus reconnaître le corps humain qui nous accueille est un exemple parmi tant d’autre. Mais c’est ça qui m’a fait comprendre que je ne voulais pas ça pour moi. Et c’est en me prenant en charge que j’ai commencé à admettre. Pas à accepter, non. Je n’étais pas prête à l’accepter. Mais je pouvais au moins admettre que je l’aimais, ce p’tit gars qui était arrivé dans ma vie un jour où je ne m’y attendais pas. La Louve en moi l’avait accepté dans sa vie, je pouvais bien faire cela pour elle. Puis le temps passe, puis il passe, puis il passe… Et un jour, alors qu’on semble s’en remettre, c’est l’autre qui ne va plus. Et alors qu’on avait oublié qu’on l’aimait, les sentiments reviennent à la charge. Mais on les accepte. Pas forcément à bras ouverts, par forcément de gaieté de cœur, mais on fait contre mauvaise fortune bon cœur. Le plus dur est d’admettre, mais ce n’est pas le plus long. Le plus long, c’est d’accepter. La route est sinueuse, entravée et longue, mais on peut arriver au bout. Il ne reste plus maintenant qu’à vivre avec. Apprendre à vivre avec un amour partagé n’est pas chose facile, ni chose rapide. Apprendre à vivre avec un amour non partagé est encore moins facile et encore moins rapide.
Ce soir, je suis là à observer la lune. Elle n’est pas pleine, mais bientôt.
Depuis plus de deux ans, mon côté humain a évolué.
Depuis plus de deux ans, mon côté Louve est de plus en plus prononcé.
Un loup garou n’aime qu’une seule fois dans sa vie, mais il arrive que parfois cet amour ne soit pas partagé. Mais le loup-garou peut aussi être heureux. Il peut aussi prendre sur lui. Et à défaut d’oublier, il peut vivre avec, il peut passer à autre chose sans tout à fait oublier. Et le loup garou peut alors sourire.
La Louve en moi est heureuse et elle sourit. Pas de toutes ses dents, mais elle sourit.
[Sound : Je survivrai - Larusso]
J'aime.http://Topolina.centerblog.net
trop cool la musiqueEcrire un commentaire